Dans les starting-blocks : immersion dans la formation des jeunes athlètes toulonnais

17 août 2025

cofstoulon.fr

L’athlétisme à Toulon : une base solide, un terrain d’avenir

Loin des tribunes surchauffées du rugby, l’athlétisme toulonnais trace sa route, discrètement mais sûrement. Si le Stade Mayol rassemble les passionnés du ballon ovale, le stade Léo Lagrange ou le complexe Léo Lagrange (deux orthographes circulent !) résonne à d’autres tempos : ceux, plus feutrés, des pointes frappant le tartan et des encouragements des coaches. À Toulon, la formation des jeunes à l’athlétisme, c’est une histoire de passion, de savoir-faire et d’ancrage local.

Avec près de 750 licenciés répartis sur plusieurs clubs (source : Ligue Provence-Alpes Côte d’Azur d’Athlétisme, chiffres 2023), Toulon peut s’enorgueillir d’une vraie dynamique dès le plus jeune âge. Mais comment ça marche, concrètement, la “filière athlé toulonnaise” ? Quels choix pédagogiques, quels formats, quels objectifs derrière les track-suits colorés de nos jeunes sur les pistes ?

Des premiers foulées à la compétition : tout commence à l’école d’athlétisme

À Toulon, comme ailleurs en France, le grand sas d’entrée dans la pratique, c’est la fameuse “école d’athlétisme”. Pour les enfants de 6 à 11 ans – la catégorie “poussins” puis “benjamins” – le mot d’ordre est clair : faire découvrir sans enfermer, éveiller sans dégoûter. Le Toulon Étoile Sportive Athlétisme (TESA), le club-phare de la ville, applique avec rigueur le programme de la FFA (Fédération Française d’Athlétisme), mélangeant jeux ludiques, ateliers techniques et approche multi-disciplinaire.

  • Motricité et coordination : Parcours d’obstacles, jeux de relais et exercices d’agilité constituent la base des séances.
  • Développement technique global : Même les plus jeunes touchent à la course, au saut et au lancer, avec un accent sur la maîtrise corporelle, pas sur la performance.
  • Socialisation : Beaucoup insistent sur ce point. À travers l’athlétisme, les enfants tissent du lien – une donnée souvent citée par les éducateurs toulonnais (propos recueillis auprès du TESA).

Les clubs se sont emparés avec créativité des “Pass’Athlé”, ces carnets ludiques créés par la FFA et déployés à Toulon dès 2018, qui valident la progression pédagogique par des compétences, non des performances (source : FFA).

Le rôle clé des éducateurs : passion, formation et engagement

En coulisses, une autre recette toulonnaise fait mouche : la formation et la fidélisation des entraîneurs. À Toulon, 94% des éducateurs de jeunes sont diplômés, dont plus de la moitié ont suivi, au minimum, l’un des brevets fédéraux de la FFA (Ligue PACA Athlétisme, 2023). Les clubs investissent dans la formation continue : échanges de pratiques, journées pédagogiques, interventions d’experts locaux mais aussi anciens champions revenus s'engager, comme la Toulonnaise Myriam Soumaré – sprinteuse médaillée européenne – venue animer des stages d’initiation.

Ce n’est pas un hasard si le taux de fidélisation des jeunes est nettement supérieur à la moyenne nationale : 71% des enfants inscrits à l’école d’athlé poursuivent leur pratique au moins deux ans (source : TESA). Un chiffre qui s’explique par le climat de confiance, l’ambiance de groupe… et aussi la force du bénévolat : à Toulon, 68% des encadrants jeunes sont bénévoles (Ligue PACA).

Spécialisation progressive : de la pratique générale à la recherche de la performance

À partir de 12-13 ans (catégories minimes), l’athlétisme toulonnais s’oriente doucement vers une spécialisation. On repère ici une vraie exigence du côté des clubs : pas question de pousser trop tôt à l’hyper-performance.

  • Bilan individuel annuel : Chaque jeune bénéficie d’un suivi individualisé, avec identification des qualités physiques et affinage des préférences (résistance, explosivité, adresse…)
  • Approfondissement technique : Les séances deviennent plus ciblées, mais la polyvalence reste encouragée au moins jusqu’à 15-16 ans.
  • Suivi médical et prévention : Avec le soutien du Centre Médico-Sportif de Toulon (CMS), blessures et surmenage font l’objet d’un travail préventif systématique – une force du modèle toulonnais (source : Ville de Toulon/CMS).

Notons que Toulon développe depuis 2019 – via le club TESA et la Ville – des stages multisports en collaboration avec les écoles primaires et collèges, favorisant la découverte de l’athlétisme pour des publics non-inscrits, dans une logique d’inclusion et de détection massive.

Des infrastructures à la hauteur : où s’entraînent les futurs champions ?

Le complexe Léo Lagrange (d’où sont sortis certains champions régionaux, comme le demi-fondeur Lucas Roi, 3e aux France Cadets en 2022) sert de QG aux principaux clubs. Et depuis la rénovation de la piste en 2020, Toulon dispose d’une des meilleures installations de la région Sud : couloir de sprint homologué, aires de lancers, sautoirs modernisés… Les jeunes bénéficient du même matériel que les adultes.

Au menu aussi : accès prioritaire pour les scolaires deux fois par semaine, préparation physique au gymnase Jules Ferry (partenariat ouvert depuis 2022), et même des créneaux dédiés à l’athlétisme handisport – preuve que la ville s’attache à l’inclusion, un axe fort du projet sportif municipal.

Pousser les murs : mixité, égalité, intégration sociale

Toulon n’échappe pas aux défis sociétaux de l’athlétisme : la surreprésentation masculine, la sous-représentation de certains quartiers ou encore les barrières pour les familles modestes. Les clubs se sont emparés du sujet avec panache :

  • Opération “Jeunes des quartiers, athlètes demain” : initiée en 2021, cette démarche conjointe Ville-clubs a permis à plus de 180 enfants du Grand Sud toulonnais d’accéder gratuitement à une année de pratique athlétique (source : Ville de Toulon, rapport 2023).
  • Tarification solidaire : Pour les familles aux revenus modestes, les clubs proposent des tarifs allégés ou des bourses d’équipement, alimentées par le dispositif Pass’Sport et des partenaires locaux comme la Fondation Provence.
  • Équipes 100% mixtes : À l’école d’athlétisme, filles et garçons évoluent systématiquement ensemble, ce qui accélère la parité parmi les jeunes licenciés (42% de filles en 2023, soit +8 points en 4 ans ! Source : FFA/Toulon).

Les résultats se font sentir : le nombre de jeunes issus des quartiers prioritaires toulonnais licenciés a progressé de 32% entre 2021 et 2023, une hausse saluée par la DRDJSCS (Direction Régionale Jeunesse, Sport et Cohésion Sociale).

Entre compétition régionale et tremplin national : parcours et palmarès des jeunes toulonnais

Le travail de fond produit de vrais résultats. En 2022, les jeunes toulonnais décrochent 14 médailles lors du championnat régional PACA, et 6 participations aux championnats nationaux (source : Ligue PACA Athlétisme). Si Toulon n’est pas encore une “usine à médailles” à la façon de Nice ou Marseille, la progression est régulière.

Quelques pépites ont déjà percé : Chiara Goria (demi-fond, club TESA), sacrée championne régionale Minimes 2021 ; ou encore Elyes Mabrouk (sprint, TCSA), 2e au championnat départemental 2023. Mais au-delà du panache des champions, c’est la massification de la pratique qui compte : plus de 350 jeunes engagés chaque saison sur au moins une compétition officielle, soit +17% par rapport à 2019.

Sans obsession du podium, Toulon fait le pari de l’accompagnement “de tous les jeunes motivés”, suivant l’expression d’une coach du club TESA.

L’esprit toulonnais : sport, plaisir et citoyenneté

Il subsiste à Toulon une “patte maison” : l’accent mis sur la responsabilisation. Dès les benjamins, les jeunes participent à l’organisation de compétitions, initient les plus petits, apprennent à gérer une table de marque ou animer un échauffement collectif.

  • Formation au bénévolat : 15% des jeunes de plus de 15 ans occupent, chaque saison, une mission d’encadrement lors d’un événement régional (chiffres Ligue PACA, 2023).
  • Programme “Fair Play attitude” : lancé en 2022, il mêle sensibilisation à l’éthique sportive, stages “zéro triche” et ateliers sur la lutte contre le dopage (actions menées avec l‘AFLD et la Mission Locale Toulon).

Ce souci de la citoyenneté sportive fait la différence : on forme à Toulon des athlètes… et des citoyens engagés.

Entre vitalité locale et rayonnement régional : les défis à relever demain

L’athlétisme à Toulon est en pleine transformation. Les défis restent réels : manque de créneaux certains soirs d’hiver, difficultés de financement de matériel, accompagnement des parcours scolaires “sport-études”…

Mais la dynamique enclenchée ces cinq dernières années porte ses fruits, et la Ville a d’ailleurs confirmé en mars 2024 un plan de soutien de 150.000 € aux clubs d’athlétisme toulonnais, couplé à la rénovation de deux aires de lancer supplémentaires (source : Ville de Toulon, conseil municipal 2024).

Dans le sillage de cette vitalité, Toulon espère accentuer encore le rayonnement régional de ses jeunes athlètes, tout en continuant de veiller à l’inclusion sociale et à l’esprit d’équipe, piliers de sa “recette” locale. Une belle promesse pour la nouvelle génération qui foule déjà les pistes du Var.

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