Course, business et rayonnement : l’impact des grands événements running à Toulon

20 décembre 2025

cofstoulon.fr

Le running : bien plus qu’un sport, un levier pour Toulon

Qui n’a jamais vibré au passage des coureurs du Toulon Urban Trail ou de la mythique Ronde du Crépuscule ? Entre montées d’adrénaline, ambiance festive et rues transformées en scène géante, les grandes courses à pied jouent un rôle inattendu dans la vie toulonnaise. Au-delà du dépassement de soi, elles dynamisent l’économie locale, boostent l’offre touristique et participent à l’image positive de la ville. Mais quel est réellement l’impact d’un événement running sur Toulon ? Petit tour d’horizon, chiffres à l’appui, sans langue de bois ni discours marketing.

Des courses qui font tourner l’économie : chiffres et réalités

Les grandes manifestations sportives, running en tête, ne sont pas de simples rendez-vous sportifs : elles enclenchent une véritable économie temporaire. Si l’on considère notamment les éditions récentes du Toulon Urban Trail (plus de 3 500 participants en 2023, selon Var-Matin) ou du Semi-Marathon Var Provence Vert (qui attire chaque année plus de 2 000 coureurs), les disparités se lisent aussi dans les retombées économiques générées.

  • Participants locaux et “runners tourists” : Environ 40% des participants ne résident pas dans l’aire toulonnaise, selon les chiffres communiqués par l’office de tourisme métropolitain. Une proportion qui a grossi de 7 points ces cinq dernières années.
  • Effet sur l’hôtellerie : Pendant le Toulon Urban Trail 2023, les hôtels du centre-ville ont constaté entre 65 % et 80 % de taux d’occupation, avec un pic supérieur aux 90 % autour du jour de la course (source : Union des Hôteliers du Var, 2023).
  • Restauration : Les restaurateurs et cafés de la rade notent une augmentation moyenne de 20 à 30 % du chiffre d’affaires le week-end de l’événement, selon l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (UMIH 83).
  • Dépenses “hors dossard” : Un coureur dépense en moyenne 173 euros (hors frais d’inscription) lors de son séjour (source : France Running Events 2022), incluant repas, achats souvenirs, transports locaux et hébergement.

Bien sûr, l’impact économique grimpe en flèche lorsque la course s’accompagne d’un salon, d’expositions ou d’animations. Exemple frappant : en 2019, un village running installé place de la Liberté a généré près de 99 000 € de chiffre d’affaires sur deux jours selon la mairie de Toulon.

Touristes et accompagnants : un afflux sous-estimé

On parle souvent du nombre d’inscrits, mais on oublie les “+1”, famille et amis qui profitent de l’événement pour découvrir Toulon. Selon une étude de Kantar pour la Fédération Française d’Athlétisme (2021), pour chaque coureur inscrit sur un grand événement, il y a en moyenne 1,3 accompagnant. Sur une épreuve réunissant 3 000 participants, cela signifie qu’environ 4 000 visiteurs supplémentaires investissent la ville le temps d’un week-end.

  • Effet sur la durée de séjour : En moyenne, ces visiteurs restent entre 1,5 et 2,7 nuits, recherchant hôtels, locations saisonnières et chambres d’hôtes parfois jusqu’aux villages voisins.
  • Consommation culturelle : 18% des accompagnants visitent au moins un musée ou un monument toulonnais (Musée de la Marine, Opéra, Tour Royale…), selon une enquête de l’Office de Tourisme en 2022.

À ce titre, le running agit comme un “ouvre-porte” touristique, incitant nombre de visiteurs à revenir, hors événement, pour explorer la rade ou la presqu’île de Saint-Mandrier.

Un coup de projecteur (inter)national sur Toulon

En sport, l’image compte. Avec des courses labellisées FFA et parfois couvertes par la presse nationale, Toulon renforce sa notoriété. En 2023, le Toulon Urban Trail a généré près de 42 retombées presse nationales (source : Argus de la Presse, 2023) et plus de 2 millions d’impressions sur les réseaux sociaux, sans compter les stories Instagram et les vidéos TikTok cumulant des dizaines de milliers de vues.

  • Effet long terme : Quand une vidéo de finish panoramique devant la rade fait le tour des réseaux ou qu’un influenceur sport vante la douceur toulonnaise, c’est la marque Toulon qui s’exporte. Parcours, paysages, streets art ou patrimoine : la ville gagne des points sur la carte du running hexagonal, jusqu’à attirer des participants étrangers (8% lors du dernier Urban Trail).
  • Diversité du public : L’effet médiatique s’accompagne d’une féminisation accrue (44% de femmes inscrites cette année) et d’un rajeunissement, deux tendances qui dynamisent l’identité sportive locale.

L’économie locale (vraiment) tirée vers le haut ?

Si l’impact économique immédiat saute aux yeux, la réalité est plus nuancée sur le long terme. En dehors des restaurants et hôtels, d’autres acteurs bénéficient indirectement :

  • Pépinière sportive locale : Clubs, coachs, nutritionnistes sportifs et magasins spécialisés profitent de la visibilité pour s’adresser à un large public curieux ou en quête de conseils.
  • Petites entreprises et artisans : Entre sérigraphes pour les tee-shirts officiels, loueurs de matériel, taxi-vélos, traiteurs… le tissu économique local trouve sa place. Beaucoup témoignent d’un “après”, où des contacts noués le jour J débouchent sur des collaborations ou commandes.

Attention, toutes les entreprises ne profitent pas à l’identique. Certes, les boutiques du centre dynamisent leur week-end durant les grandes courses, mais les quartiers excentrés constatent des retombées moins visibles, sans plan d’animation associé.

Impact sur la vie de la ville… et perception des habitants

Impossible d’ignorer les bémols : circulation perturbée, accès restreint à certains quartiers, agacement chez certains riverains. Le succès des courses impose une cohabitation qui demande dialogue et anticipation. Pourtant, selon une enquête menée après le Toulon Urban Trail 2022 par la mairie (participation : 1 200 réponses), 62 % des habitants jugent que l’événement contribue positivement à l’image de la ville, et 51 % considèrent que les inconvénients sont limités ou bien gérés.

  • Points positifs soulignés : le dynamisme, la fierté locale, la mise en valeur du patrimoine (parcours passant devant la Tour Royale, le Fort Saint-Louis, le Parc des Lices).
  • Critiques récurrentes : problèmes de circulation, nuisances sonores matinées, faible retombée pour les commerces hors centre-ville.

Au-delà de la course : quelles perspectives pour Toulon ?

Les grandes courses sont des accélérateurs, mais tout l’enjeu est de transformer l’essai. Si Toulon veut continuer à progresser, plusieurs leviers sont à explorer :

  1. Renforcer la dimension “destination running” : Avec un calendrier étoffé, des parcours connectés à d’autres événements sportifs ou culturels (Festival de Jazz, Rendez-vous aux Jardins), la ville peut fidéliser les runners tout au long de l’année.
  2. Miser sur l’innovation écoresponsable : Courses zéro plastique, partenariats avec des transports doux, valorisation du patrimoine naturel urbain, la transition verte du running est désormais une attente forte du public (source : Baromètre UCPA-CSA 2022).
  3. Inclure tous les quartiers : Imaginer des parcours transversaux, des animations dans différents secteurs, associer les commerçants périphériques, pour que l’événement profite à tous et fédère autour d’un même tempo.

Le running à Toulon est tout sauf un simple phénomène sportif. C’est un moteur d’attractivité, une épreuve de cohésion et de dynamisme économique qui ne cesse de surprendre par sa force de frappe locale et son rayonnement national. La balle – ou plutôt la basket – est dans le camp des acteurs locaux pour amplifier ces retombées et faire de Toulon une place forte du running… toute l’année.

Sources : Var-Matin, Office de tourisme métropolitain Toulon Provence Méditerranée, Union des Hôteliers du Var, UMIH 83, Fédération Française d’Athlétisme, France Running Events, Baromètre UCPA-CSA, Mairie de Toulon, Argus de la Presse, Kantar Sport

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